Tours Mag : C’est grâce à une professeure que vous découvrez l’athlétisme. Racontez-nous.
Marie-José Pérec : J’ai toujours aimé courir. Dès la primaire, j’étais la plus rapide de mon école. J’ai grandi en Guadeloupe où l’on pratiquait des activités de plein air comme la pêche ou la course dans la nature. Dans ma famille, personne n’était inscrit dans un club. Jusqu’en 1984 [J.O de Los Angeles NDLR], je n’avais même jamais entendu parlé des Jeux Olympiques. Cette année-là, ma professeure d’EPS me chronomètre, n’en revient pas et m’inscrit à un championnat scolaire UNSS. Je ne me suis même pas pointée au rendez-vous ! C’est elle qui est venue me chercher et je termine 1ère sur 100 m et 200 m.
T.M. : En août 1988, à Tours au stade Grandmont, vous battez sur 400 m le record de France invaincu depuis 1969. Vous vous en rappelez ?
M.-J. P. : Bien-sûr que je m’en rappelle ! C’était mon premier record de France. Par contre, j’avais oublié que c’était à Tours… [rires] Les gens de mon club voulaient que je parte sur 200 m et j’ai dû me battre pour courir le 400 m. J’ai toujours aimé ce tour de piste à grandes foulées… Il faut parfois écouter nos petites voix intérieures.
T. M. : Vous avez déclaré que participer à la cérémonie d’ouverture des J.O. de Paris 2024 était un moment encore « plus grand » qu’une 4e médaille d’or. Pourquoi autant d’émotion ?
M.-J. P. : Ce moment-là, j’en ai rêvé. Allumer la vasque olympique avec Teddy Riner, c’est quand même quelque chose de spécial. Être choisie, c’est un honneur, on se sent remerciée, honorée pour son parcours. Et c’est aussi une sortie plus belle que celle que j’ai prise à Sydney en 2000 et que je n’avais pas choisie… Aux J.O. de Paris, tout le monde voulait que ce soit moi et c’est touchant.
T. M. : Dans votre autobiographie « Marie-José Pérec. Ma vie Olympique » (Solar Éditions) vous évoquez votre histoire cabossée. Votre carrière, c’est un marathon pas un 100 m. Qu’est-ce qui vous a fait tenir sur la durée ?
M.-J.P. : J’ai tenu car j’ai agi par passion pour des idées et des causes que je défendais. En courant, je voulais être la voix de ceux qui n’en ont pas, défendre le vivre-ensemble, dire aux enfants qu’ils ne doivent pas renoncer à ce à quoi ils croient. Par le biais de mes victoires, je voulais passer un message fort sans même ouvrir la bouche.
T.M. : Pour chaque inscription aux 10 & 20 km, 1 € sera versé à France Alzheimer dont vous êtes la marraine nationale. Qu’est-ce qui vous tient à cœur dans cette cause ?
M.-J.P. : C’est une maladie qui touche certaines personnes qui me sont très proches. Je connais les dégâts causés dans les familles. C’est parfois difficile de voir ses proches vieillir, de découvrir qu’ils ne peuvent plus nous reconnaître. Ceux qui sont atteints par cette maladie se cachent, ils ont honte et leur personnalité se transforme. Je voulais donner de mon temps pour soutenir cette cause.
T.M. : Le 27 septembre à la Gloriette, vous allez rencontrer des 6-15 ans qui participent à la course des jeunes. Qu’allez-vous leur dire ?
M.-J. P. : Je leur répèterai le message que je transmets à tous les enfants que je croise : quel que soit leur choix dans la vie, il faut le faire avec envie et passion, ne jamais s’arrêter en chemin. Et toujours s‘interroger : pourquoi ont-ils choisi cette voie ? Car lors des moments difficiles, ils sauront pourquoi ils en sont là. C’est pas easy, mais ça donne de la force pour aller plus loin !